09 novembre 2007

La lettre volée

Voici trois semaines déjà, que l’injonction était donnée aux enseignants, par le Président de la République, de faire lecture dans les lycées de la dernière lettre de Guy Môquet, adressée à ses parents la veille de son exécution par les Allemands, à Chateaubriant, le 22 octobre 1941.

L’initiative a suscité de justes réprobations.
« Caporalisation mémorielle » selon l’historien Jean-Pierre Azéma inquiet de voir les enseignants transformés en maîtres de cérémonies patriotiques.

Opération de réduction de la réalité résistante à ses seules dimensions sacrificielle, émotionnelle et intime, éludant le contexte comme les engagements des acteurs et en premier lieu de Guy Môquet, durant cette période.

Récupération politique à peu de frais dans un contexte où « le parti des 75 000 fusillés », héritier naturel de la mémoire de G. Môquet, n’a plus l’assise électorale et symbolique lui permettant de contester le rapt mémoriel.

Cynique exaltation de la jeunesse, de la fraternité et de la Résistance à une heure où les textes du législateur durcissent les conditions d’accueil des immigrés et où les préfets sont sommés d’atteindre leurs quotas d’expulsion.

Comment alors fallait-il célébrer ce 22 octobre ? Comment honorer la mémoire résistante tout en la plaçant sous à l’œil critique de l’histoire ?

Ainsi souhaitons-nous saluer l’initiative du lycée François Ier qui en faisant précéder sa cérémonie d'une invitation à connaître la trajectoire de G. Môquet et à mesurer les enjeux de la célébration (1) conférait à la mise en perspective historique et l'analyse réflexive toute leur place (c'est-à-dire la première).
(1) par la consultation du dossier des enseignants Daniel Letouzey et de Nicole Mullier mis en ligne sur le site du lycée dès le 15 octobre- http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/resistants.htm).

Aucun commentaire: